Et de l'histoire, un peu folle, qu'y vit la famille Boniface après l'avoir loué pour le franc symbolique, à la fin des années 1990. « On commence par des baïonnettes et on finit avec un tank de 35 tonnes », avoue Didier, le père, professeur dans un lycée professionnel de Tourcoing, qui partage sa passion pour l'histoire, surtout celle de la cavalerie et de l'artillerie à la fin du XIXe siècle et pendant la Grande Guerre, avec sa femme, Annick, et l'un de ses cinq enfants, Sophie. « Un coup de foudre, comme pour l'achat d'un château » qui a abouti à l'ouverture il y a un peu plus de cinq ans d'un musée privé, aujourd'hui complété par deux salles de réception.
Un dimanche d'octobre, bleu horizon
Au long de ses trois salles voûtées, en attendant, à terme, son agrandissement pour la présentation d'une trentaine de mannequins de cavaliers, il fait la part belle à l'artillerie et aux attelages de la Première Guerre mondiale. Avec, outre le légendaire canon de 75, quelques pièces rares comme les dernières trouvailles de Didier Boniface : une pièce à feu anglaise de treize livres et un obusier allemand de 102 millimètres gravé aux armes de Guillaume II.
Sans compter d'autres curiosités tel un char Renault dont le propriétaire assure qu'il sera en état de marche l'an prochain, ou de petits objets témoignant de la vie quotidienne des soldats. À l'image de ces « patiences », pièces de métal trouées qui permettaient de nettoyer les boutons sans salir l'uniforme.
Site fortifié sur l'itinéraire des Chemins de mémoire, le fort Duhoux, du nom d'un des officiers qui assura la défense de Lille assiégé par les Autrichiens en 1792, n'a pas encore gagné toute sa notoriété. Pourtant il fut bel et bien utilisé par des soldats bavarois qui approvisionnaient les lignes allemandes dans le secteur d'Ypres et dans l'Artois avant d'être libéré, en même temps que la capitale du Mélantois, par les Tommies à la mi-octobre 1918. Ce pour quoi des groupes de reconstitution historique s'y retrouvent, chaque année à pareille époque, pour commémorer la fin du joug allemand sur Seclin à l'occasion d'une journée du Poilu. Un dimanche bleu horizon qui voit la troupe manoeuvrer, simuler des combats, les chevaux tirer les attelages tandis que le canon redonne de la voix dans la plaine.